L'art de la calligraphie chinoise
par Maître Shi Bo

Introduction à Maître Shi Bo    ► Visible et invisible     ► Réflexion sur l'art calligraphique

 

 

Introduction à Maître Shi Bo

Né à Shanghai dans une famille traditionnelle de grands lettrés, il a commencé à réciter les anciens poèmes des dynasties des Tang et Song , et à s'exercer à l'art pictural et calligraphique à l'âge de cinq ans. Depuis, il n’a jamais cessé de s’y appliquer, même en pleine Révolution culturelle où il était enfermé dans un camp de travail.

Ecrivain-poète-calligraphe, il a publié en Chine, à Taiwan et à Hong Kong plus de soixante livres en chinois. Depuis son installation en France en 1990, il a publié une quinzaine d’ouvrages en français.

Ancien vice-président de l’Association des Calligraphes de Pékin, spécialiste en Caoshu (style dit « Herbe folle»), Monsieur Shi Bo est reconnu comme un grand maître de Xingshu et de Kaishu. Il a créé son style appelé « bambou gracieux » dont les traits sont fins, fluides, élégants, tantôt secs, tantôt vigoureux, comme des tiges de bambou dansant au gré du vent, jouant avec l’ombre et la lumière, le visible et l’invisible, le plein et le vide, en un mot avec le Yin et le Yang. 

Professeur universitaire et journaliste à Pékin pendant plus de 20 ans, il a organisé de nombreuses expositions à Pékin, Shanghai, Hong Kong et Kyoto. Certaines de ses oeuvres calligraphiques sont conservées par des collectionneurs et des musées. Récemment, le magasin Globus a fait appel à son talent pour illustrer son catalogue lors de sa semaine asiatique. Certaines de ses oeuvres sont exposées à Genève au Centre Oasis.

Encadrement en laiton polis
de Gérald Haefelin.

 

Visible et Invisible. Mon parcours calligraphique.

Avant même ma première inscription à l'école primaire, mon père m'obligeait déjà à prendre le pinceau devant un pupitre pour accompagner durant deux interminables heures ma grande soeur lors de son exercice quotidien calligraphique. Je me souviens toujours de sa grave voix légèrement rauque: « Sans connaître la poésie et la calligraphie, on n'est pas un Chinois parfait, encore moins une élite intellectuelle. »

Quand j'allais avoir six ans, je commençais à tracer des poèmes que ma préceptrice me faisait réciter, sous le regard à la fois doux et sévère d'un vieil homme de petite taille que j'appelais « Monsieur Xia. » Ce fut mon premier maître de calligraphie. 

Xia, ancien employé de la municipalité de Shanghai, chargé de toutes les décorations calligraphiques de la mairie, me donna bénévolement des cours. Mais ce monsieur avait une drôle de façon d'enseigner: pendant les deux premiers mois, il me dirigea dans sa promenade quotidienne au parc Zaofeng, situé dans notre quartier et me demanda de m'amuser avec des insectes, des herbes, des bambous, des canards et des fleurs, sans m'obliger à m'asseoir devant le pupitre.

Un soir, en hivers, il faisait très froid, mon maître Xia vint me chercher et me conduisit dans un square pour me dire de bien regarder la lune cachée derrière de gros nuages sombres, je pouvais à peine la deviner. Un quart d'heure après, je fus las de lever la tête vers le ciel très sombre et voulus rentrer chez moi. Alors Xia toussa fort pour me « rappeler à l'ordre. » Devant mon regard plein d'incompréhension et d'interrogation, il m'expliqua: « La lune derrière les nuages est invisible, mais elle est réelle, il faut voir l’invisible à travers le visible. C’est la règle d’or que tous les calligraphes doivent observer et maîtriser. »

J’allais consacrer plus de cinquante ans d’effort pour comprendre (vraiment ? me demandé-je souvent) et pratiquer cette règle. Selon mon maître Xia, les insectes, les herbes, les rivières, le cours d’eau, les fleurs, etc. sont visibles par leur forme, leur mouvement, leur position et leur constitution, mais ils sont animés tous sans exception d’un élément invisible en commun : le souffle. Et c’est ce souffle qui régit notre univers, notamment notre vie et notre spiritualité dont la meilleur expression n’est rien d’autre que la poésie, la peinture et la calligraphie. 

Au cours des huit années de mon exercice au pinceau auprès de Xia, il ne cessa de me répéter l’importance de la maîtrise du souffle dont la calligraphie s’imprègne. Pourtant, l’enfant d’aussi jeune âge que j’étais, saisissais cette théorie sur le souffle d’autant plus difficilement qu’il était avare de paroles et d’explications, mais très généreux dans la démonstration pratique. A travers ses coups de pinceau tantôt vigoureux, tantôt gracieux, tantôt denses et tantôt secs, je sentais vaguement le souffle dont il parlait. 

Quand j’avais quatorze ans, Xia, mon premier initiateur de calligraphie, me quitta à jamais à cause de sa tuberculose pulmonaire. Toute sa vie célibataire, Xia me considéra comme son fils, il ne me laissa que quelques mots qui s’enracinent profondément dans ma tête : « Sois toujours un homme droit et cherche inlassablement le sens profond du souffle et de l’Invisible… »

Huit ans d’exercices consistant principalement à imiter les grands maîtres calligraphes Wang Xizhi (vers 321-379), Liu Gongquan (778-865) et surtout Yan Zhenqing (709-785) avec l’aide de mon cher professeur Xia, m’ont permis d’acquérir une base élémentaire pour accéder à de nouvelles techniques calligraphiques. C’était dans les larmes que je suis passé à une nouvelle étape de mon parcours artistique : ma première exposition organisée sous les auspices du Palais de la jeunesse de Shanghai m’a donné l’occasion de rencontrer mon deuxième maître Sha Zhonghu, un véritable expert du monde invisible pictural et calligraphique. 

 

A gauche:
"L'harmonie entre le ciel et la terre; La complémentarité entre l'endroit et l'envers."
"Bambous et pins murmurent au vent et à la pluie; Thé et platane chantent au clair de lune."

A droite:
"Wu Dong: le non-agir est le principe du taoïsme."


Sha Zhonghu travaillait au Palais de la jeunesse, plus précisément dans la section des beaux-arts. Il allait après cette exposition me donner des cours particuliers deux fois par semaine et à chaque séance trois heures dont la moitié consacrée à l’imitation des grands maîtres et l’autre moitié, à l’étude théorique et à la création libre. Et c’est durant cette seconde moitié du temps que j’ai petit à petit compris le vrai sens du souffle, ainsi prit le départ de mon errance entre le plein et le vide, le Yin et le Yang, dans un espace-temps invisible. 

Je commençais à cette époque-là à comprendre que toute la civilisation chinoise reposait sur trois principes philosophiques : taoïsme, confucianisme qui sont indigènes et bouddhisme venu de l’étranger. Sha Zhonghu me montrait de nombreuses œuvres anciennes aussi bien picturales que calligraphiques pour m’expliquer que tout art chinois renferme la pensée philosophique du taoïste sur le Yin et le Yang, le vide et le plein, l’éternité et l’éphémère, l’infiniment petit et l’infiniment grand, le visible et l’invisible, etc. Concrètement parlant sur le plan calligraphique et pictural, chaque tableau et chaque calligraphie constituent un espace-temps où existent essentiellement le vide et le plein, c’est à travers et entre le vide et le plein qu’on sent le souffle de l’invisible qui est en fait le fin du fin de la création. 

Cette initiation philosophique m’a ouvert un horizon tout à fait nouveau et splendide où je commençais véritablement à m’imprégner de l’importance de la concentration mentale et la sérénité spirituelle, conditions préalables à la pratique calligraphique. Avec le conseil de mon nouveau maître Sha Zhonghu, j’apprenais pendant neuf mois la respiration dite « embryonnaire » auprès de l’ermite shanghaïen Jingkong Daoren. D’après les taoïstes cette respiration est la plus sophistiquée de toutes, elle consiste à aspirer et à expirer grâce au léger mouvement du muscle abdominal de sorte qu’on ne sent pas le souffle lorsqu’on met le doigt sous le nez. A ce stade là on respire comme l’embryon dans le ventre de la mère. Quand on peut pratiquer la respiration « embryonnaire », on se fond mentalement et psychologiquement dans l’univers, on s’incorpore à l’invisible, acquiert la sérénité et la concentration les plus complètes et on sent alors le souffle de la nature. 

Un jour, dans l’atelier de mon maître Sha Zhonghu, nous avons calligraphié séparément sur deux grandes feuilles de papier de riz le poème de Meng Haoran (689-740) intitulé « Sommeil de printemps » :

            Au printemps le sommeil dure au delà de l’aube
            De tous les côtés parvient le chant des oiseaux
            La nuit est à peine troublée par le murmure du vent et de la pluie
            Qui sait combien de fleurs sont tombées cette nuit ?

Nous avons suspendu nos ouvrages sur deux cadres en bois, pris du recul pour admirer notre travail dans un silence absolu. Soudain, il m’a posé cette question à mon grand étonnement :

-- Entends-tu ce bruit ?

J’ai prêté une oreille très attentive pour essayer de capter le bruit dont il parlait mais je n’ai rien entendu. Je lui ai secoué la tête négativement. 

-- fixe ton attention sur le texte calligraphié du poème, détache-toi de ton corps physique et tu entreras dans le monde que le poète décrit dans ces vers. 

Avec la technique de respiration « embryonnaire », j’ai fermé à demi mes yeux et commencé à me sentir flotter dans le vide, c’est alors qu’il me semblait entendre le très léger bruissement des fleurs qui tombent sous une pluie et un vent printaniers. Quel bonheur mental et physique ce fut pour moi, garçon d’à peine quinze ans, d’avoir l’impression d’entrer réellement dans le monde invisible qui me devint soudain tangible ! J’ai presque touché sa pureté et sa beauté.

-- J’ai en effet entendu le sifflement du vent, le cognement de la pluie contre les feuilles et le froissement des pétales sur le sol… m’exclamai-je.

-- Dans ce cas, il faut refaire une autre calligraphie de ce poème de Meng Haoran, en exploitant ton intuition extraordinaire.

J’ai exécuté son ordre et à ma grande joie j’ai constaté que mes traits étaient beaucoup plus fluides, libres, élégants et esthétiquement plus expressifs qu’auparavant. Mon maître envoya immédiatement ce travail à un artiste de marouflage, qui, à partir de là, maroufla toutes mes œuvres calligraphiques pour mes prochaines expositions personnelles à Shanghai. 

Dès lors j’essayais de sentir ce mystérieux monde invisible et d’entendre son souffle à travers la lecture des œuvres des anciens maîtres pour perfectionner mon art calligraphique. Souvent lorsque je regardais attentivement le Xingshu et le Caoshu de Wang Xizhi, Yan Zhenqing, Tang Yan, Dong Qichang, etc. j’entendais le grondement du tonnerre, le sifflement du vent, le déchaînement de la tempête, le murmure du ruisseau, le chant des oiseaux… c’est un voyage, une errance dans l’invisible qui m’ont permis de déceler de mieux en mieux ce profond univers calligraphique et de créer mon propre style fin et gracieux caractérisé par sa beauté formelle, son équilibre visible et invisible et sa spontanéité esthétique.

Quand j’allais pas à pas vers la perfection et la gloire artistiques, ma vie opéra un brusque tournant : après le bac, je devais quitter ma chère ville de Shanghai où je me sentais si heureux, pour aller à l’université à Pékin. A l’époque, les jeunes chinois ne pouvaient pas choisir leur spécialité, car sous le slogan tel que « ma vie est au Parti communiste chinois, tout ce que j’ai je le dois au président Mao Zedong, je me dois d’obéir totalement et absolument à la décision du parti », ils ne pouvaient faire autrement que de se mettre à l’ordre du parti. Dans un pays hautement politisé, la vie universitaire était semi-militaire, les étudiants ne devaient pas avoir de violon d’Ingres en dehors de leurs études. D’ailleurs, dans le dortoir de huit mètres carrés occupé par quatre lits superposés, il était impossible d’exercer la calligraphie qui exige un espace et une ambiance particuliers. De surcroît les études étaient fréquemment sectionnés par de longs séjours de travail à la campagne. Cinq ans à l’université furent un vide dans mon parcours calligraphique.

Très rapidement ce fut la Révolution Culturelle de Mao. J’ai passé en tout dix ans à travailler la terre. Pourtant, le grand espace m’a offert une nouvelle possibilité de pratiquer mon violon d’Ingres : pendant les quelques courts instants de repos entre le travail dans les champs, j’ai pu faire des exercices avec une branche d’arbre ou un doigt sur le sable ou le sol mou. Je pouvais à nouveau plonger dans mon voyage mental, très loin du monde visible, me réfugiant des tourments de la réalité et me trouvant psychologiquement en paix. C’est grâce à la multitude des brefs voyages de ce genre, du moins en partie, que j’ai pu surmonter les humiliations, les brutalités, les interrogatoires interminables et toutes les autres injustices qui m’ont été imposées.

Depuis mon installation en France il y a un peu plus de dix ans, j’ai véritablement repris mon pinceau et recommencé mon aventure dans l’invisible, cherchant à m’identifier davantage avec le silence, la quiétude, à mieux explorer les mouvements et le souffle de l’univers, à m’enfoncer plus profondément dans mon refuge d’ermitage afin de progresser encore et encore dans l’expression calligraphique ancestrale de ma patrie. 

Cette liberté m’étant si précieuse, je la savoure jalousement et la mets pleinement en valeur.

 

A gauche:
"Le Thé" en style Caoshu.
(style dit « Herbe folle »)
Ecriture tracée au gré de l'humeur de l'auteur. Les traits vont dans tous les sens mais avec harmonie et ordre interne. Très difficile.

A droite:
"Le Thé" en style Kaishu.
Ecriture régulière, gracieuse, lisible 

 

Mes réflexions sur l'art calligraphique

Un jour, fin décembre 2001, un ami français m’a demandé combien d’années d’exercices un Occidental doit-il faire pour devenir un calligraphe des caractères chinois. Je lui ai souris en secouant la tête. Cet ami français ne me comprenait pas et je lui ai expliqué ainsi : « Le chercheur taïwanais Lin Jinzhong a bien dit : la calligraphie chinoise a le mérite de véhiculer des notions, des idées et surtout des sentiments. Art plastique par excellence, puisqu’ art de la forme et source d’infinie variétés dans le tracé des traits de caractères, la calligraphie est plus que l’habit qui embellit ces derniers, elle est l’âme visible d’un texte. Art emblématique du monde chinois, art humaniste, elle se prête aussi bien à la contemplation qu’à la lecture et peut être appréciée d’innombrables façons. » Mon ami français a enfin compris mon sourire qui exprimait la réticence. Mais il insistait encore : « Je voudrais consacrer une dizaine d’années à cet art dans le but de devenir un grand calligraphe. Est-ce possible? »

A vrai dire, dix ans suffisent à une personne particulièrement douée pour connaître et tracer les caractères chinois uniquement dans leur forme, mais pour un étranger, il apprend le chinois pendant une dizaine d’années, c’est tout au plus au niveau d’un collégien qui n’arrive pas encore à saisir l’âme sublime et profonde de la calligraphie chinoise, car techniquement parlant, la calligraphie consiste dans le jeu de rapports qu’établit l’énergie, le qi que l’on transmet au pinceau, entre le noir de l’encre et le blanc du papier de riz, entre le plein de la graphie et le vide qui l’entoure, entre le visible du caractère couché sur le papier et l’invisible que l’auteur laisse deviner à travers le papier. Pour arriver à ce niveau technique, dix ans ne sont déjà pas suffisants, de nombreux exemples peuvent nous le prouver.

« Soyons honnêtes et objectifs, ai-je poursuivi, tous les grands calligraphes chinois ont consacré toute leur vie à cet art, vingt ans, trente ans, et beaucoup plus encore, leurs étaient nécessaires pour devenir enfin maîtres de calligraphies reconnus. Les dix premières années sont à peine suffisantes pour rester à l’étape de l’imitation et encore dix ans pour l’étape suivante de création. Pourquoi si longtemps et si difficilement ? Tout simplement parce que la calligraphie est un travail spirituel opéré dans l’âme même de ceux qui veulent s’y consacrer. Il s’agit avant tout d’une épure spirituelle. »

En effet, l’art calligraphique est au fond une des expressions de l’accumulation des connaissances littéraires, philosophiques, historiques de la Chine, il est aussi intimement lié à l’attitude d’esprit traditionnelle face à la calligraphie. Le grand poète Su Shi (1036-1101) n’avait-il pas dit : « Des montagnes de copies d’exercice ne suffisent pas. Ce n’est qu’après avoir lu dix mille ouvrages que l’on accède à l’esprit ! »

Les calligraphes chinois sont unanimes pour considérer que les caractères calligraphiés sous le pinceau sont des êtres possédant une vie réelle. Toujours selon Su Shi, un des lus grand maîtres de calligraphie chinoise, « Toute calligraphie digne de ce nom doit avoir une âme, un souffle, un squelette, de la chair et du sang. S’il manque un de ces cinq éléments, il n’est plus de calligraphie. »

Expliquons plus concrètement ces cinq éléments fondamentaux :

- L’âme : chaque œuvre calligraphique doit avoir le mérite d’exprimer l’état d’esprit et le dynamisme mental de l’auteur. C’est une étape extrêmement sublime dans l’art calligraphique.

- Le souffle : l’auteur laisse couler ses sentiments, ses pensées, son énergie, en un mot sa sensibilité, au bout du pinceau sur le papier, tantôt à travers les traits pleins, tantôt par les traits secs et cassés, mais tout en garantissant l’équilibre de l’œuvre dans son ensemble, équilibre mis en évidence par les différentes proportions de traits.

- Le squelette : il s’agit de l’espace qu’occupe l’œuvre calligraphique grâce à la succession des traits harmonieusement disposés.

- La chair : selon la sensibilité et l’humeur, le calligraphe utilise des techniques différentes dans le contrôle de la quantité d’encre imbibé par le pinceau, dans la pression du pinceau sur le papier et dans la vitesse du mouvement du pinceau pour coucher l’encre et donner la chair à leur œuvre.

- Le sang : c’est l’encre qui contient essentiellement de l’eau. Selon la quantité d’eau dans l’encre, les traits peuvent être denses ou délavés. Cette nuance exprime non seulement l’âme du calligraphe, mais aussi le degré de sa maturité artistique.

Ce qui est important dans l’art calligraphique, c’est l’équilibre, non seulement dans la structure, mais surtout dans l’esprit de l’oeuvre. La structure est visible, et grâce à la réalisation de l’équilibre dans la structure, qui est un long effort d’exercice tenace et patient, on n’est jamais qu’un artisan de l’écriture, alors que celle de l’équilibre dans l’esprit, beaucoup plus sophistiqué, donc beaucoup plus difficile, permet de devenir un véritable artiste à condition d’étudier de façon approfondie l’histoire de l’art, de s’imprégner de la philosophie chinoise, de maîtriser l’esthétique ancestrale chinoise et enfin de créer ses propres conceptions artistiques.

A propos de l’équilibre calligraphique, le grand calligraphe Yu Shinan nous indique : « Si l’esprit n’est pas équilibré, la calligraphie ne l’est pas non plus ; si l’on manque de concentration, alors les caractères sont boiteux.» Qu’entend-on par là ? Cela veut dire que chaque œuvre calligraphique doit être visualisée, disposée, maintes fois corrigée dans l’esprit de l’artiste avant de la coucher sur le papier. C’est donc la visualisation interne et non les yeux de l’artiste qui dirige la main qui, à son tour, manipule à bon escient le pinceau. En un mot, l’équilibre de la composition calligraphique n’est donc pas fonction d’une définition géographique et figée, mais d’une disposition d’esprit. D’où la grande possibilité de création et d’expression personnelle.

L’expression personnelle repose sur les sentiments de l’artiste, sentiments fermentés au fond de l’âme d’une part et, d’autre part, sentiments suscités par l’environnement extérieur. C’est la parfaite conjugaison de ces deux types de sentiments qui favorise la création. C’est pourquoi Zhang Zao, grand artiste de l’époque des Songs dit à juste titre : « Prendre la nature pour maître et puiser la source au fond de l’âme. »

L’expression des sentiments personnels permet de créer le style artistique individuel. Dans le long cours de l’histoire calligraphique chinoise, un certain nombre de calligraphes, souvent sous l’impulsion du vin, s’écartèrent de plus en plus des règles et donnèrent libre cours à leur esprit et à leur âme. Résultat : la calligraphie perdit sa fonction utilitaire et devint une expression pure et simple de la sensibilité. La digue des contraintes ainsi rompue, le champ de créativité s’en trouva infiniment élargi. D’où la floraison sans précédent des styles cursifs et la naissance de nombreux importants maîtres artistiques. Mais il faut remarquer que la recherche d’impact émotionnel est l’étape la plus sophistiquée dans l’art artistique de la calligraphie chinoise. Toute la vie nécessaire pour forger et perfectionner un style d’expression des sentiments.

J’ai exercé la calligraphie pendant plus de 50 ans, mais je ne suis pas sûr d’avoir déjà parfait mon style pour exprimer mes sentiments. Pourtant, cette longue pratique me permet de toujours mieux comprendre le grand peintre Shi Tao qui dit dans son remarquable ouvrage intitulé « Propos sur la peinture » : « Au milieu de l’océan de l’encre, il faut établir fermement l’esprit ; à la pointe du pinceau, que s’affirme et surgisse la vie ; sur la surface de la peinture s’opère une complète métamorphose ; au milieu du chaos s’installe et jaillit la lumière ! A ce point, quand bien même le pinceau, l’encre, la peinture, tout s’abolirait, le Moi subsisterait encore, existant par lui-même. » Ces propos me guideront toujours dans mon effort visant à ma perfection.

 

"Le son de luth aussi limpide que l'eau
Le rêve poétique plus doux que le printemps
"

Poème de Shi Bo

 

Le Centre de bien-être Oasis expose certaines oeuvres de Maître Shi Bo
Rue du Vélodrome 9, 1205 Genève, Jonction
Tél: 022 320 8886
www.oasis-centre.ch

 

 

 

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