Guide du bien-être Genève: les thés chinois et la santé
en préparations traditionnelles
Classification des thés chinois, les préparations
"justes" et les bienfaits des thés pour la santé. Découvrez
l'univers des thés avec le Guide du bien-être à
Genève.
« Le premier bol onctueusement humecte lèvres et gosier ;
Le deuxième bannit toute ma solitude ;
Le troisième dissipe la lourdeur de mon esprit,
Affinant l’inspiration acquise par tous les livres que j’ai lus.
Le quatrième produit une légère transpiration,
Dispersant par mes pores les afflictions de toute une vie.
Le cinquième bol purifie tous les atomes de mon être.
Le sixième me fait de la race des Immortels. (…) »
« Remerciement au censeur Impérial Meng pour son présent de thé fraîchement cueilli »,
l’un des plus célèbres poèmes chinois sur le thé, Lu Tung, Dynastie Tang (618-907),
Traduit par John Blofeld dans son ouvrage "Thé et Tao"
Introduction aux thés
chinois:
Qui ne connaît pas le thé, la boisson la plus bue au monde après l’eau ? Mais d’un autre côté, qui peut se targuer de vraiment connaître le thé, son histoire, sa philosophie, ses ustensiles, ses traditions, ses vertus, ses poètes et ses
milliers de variétés (il existe par exemple davantage de crus en Chine
que de vins dans le monde) ? Car avant d’être une boisson, le thé est une culture, dans les deux sens du terme !
Nous n’avons évidemment pas cette prétention de connaissance exhaustive. A l’échelle des grands Maîtres, nous sommes des novices du thé. Mais nous nous y intéressons et nous avons eu la chance de rencontrer des experts qui nous ont aidé à dépasser nos préjugés et à sélectionner les thés et les accessoires que nous vous proposons.
La plupart des occidentaux consomment encore du thé noir indien (appelé « thé rouge » en Chine) en sachet. C’est pratique, rapide et les arômes naturels ou artificiels plus le rajout de sucre, de lait et/ou de citron masquent facilement un thé de piètre qualité. Depuis quelques années, on note toutefois un engouement pour les thés verts, réputés excellents pour la santé et très représentatifs de la mode asiatique. Surfant sur cette vague, de nombreuses enseignes se sont ouvertes, de nombreux parfums ont été crées, un marketing savant a été mis en place de manière à faire croire au consommateur qu’il dégustait bien plus que du thé: une culture, un bienfait, une philosophie, un bien-être !
Nous ne récusons ni les bienfaits du thé (mais alors de tous les thés, voir
la partie thé et santé), ni le bien être qui y est naturellement associé mais nous essayerons tout de même de nous éloigner du folklore qui entoure trop souvent le produit pour en masquer la vraie qualité. Un bon thé n’est pas nécessairement un thé cher mais un thé qui est correctement préparé et qui est dégusté avec le bon état d’esprit.
Le coût du bon thé
doit de toute façon être relativisé. D'abord vis à vis des thés en sachet
vendus en grande surface. Lorsque l'on sait que la matière première est de la
poussière de thé (c'est à dire des morceaux de feuilles de moins de 1mm) et
que cette poussière est mélangée à d'autre poussière de thé par les
industriels afin d'obtenir une infusion au goût constant, on se rend bien
compte que le prix payé correspond davantage à l'emballage et au marketing
qu'au thé lui même. D'ailleurs, est-ce encore bien du thé ?
Ensuite par rapport
aux autres boissons. Prenons un thé comme La Beauté Académique vendu Frs45
les 100 grammes (30 euros). Avec trois grammes (soit Frs1.35 ou 0.9 euros), il
est possible d'infuser au moins 1.5 litres d'eau (3 infusions successives de
50cl). Le coût au litre est donc de Frs0.9 ou 0.6 euros! A comparer avec
le prix des boissons gazeuses industrielle ou, comparaison plus flateuse et plus
juste, avec le vin! Le thé chinois est sans aucun doute la boisson qui bénéficie
du meilleur rapport
bien-être/qualité/prix au monde!
La classification
des thés chinois:
Tous les théiers du monde
appartiennent à une unique espèce: le thea (camellia) sinensis de
l'ordre des guttifères, de la famille des Ternstroemiacées. Ouf!
Cette espèce comprend toutefois diverses variétés dont seulement deux sont
utilisées pour la culture: les plants dits de Chine (qui furent volés
par les anglais et introduits en Inde dans la région de Darjeeling) et les
plants d'Assam, une espèce spécifique à la province d'Assam en Inde,
découverte seulement au 19ème siècle. Nous nous intéresserons ici à la
première catégorie.
La qualité d'un thé dépend
évidemment de nombreux facteurs: l'âge du théier, le sol, l'altitude, le climat, les soins
apportés, le mode de récolte, la date de la récolte... Un même thé variera
donc d'année en année. Il donnera également diverses qualités de thés. Tout
d'abord en fonction de la cueillette: celle ci va de la cueillette dite impériale
(seul le bourgeons ou la toute première feuille et le bourgeon sont cueillis)
à la cueillette grossière (les troisièmes, quatrièmes ou cinquièmes
feuilles) voire la cueillette mécanique (généralement néfaste au
thé), en passant par la cueillette fine (le bourgeon plus les deux
premières feuilles). Pour les aspects santé, voir plus
bas.
Vient ensuite l'étape la plus
déterminante pour la classification du thé: le traitement subi après la
cueillette. En fonction de celui-ci, un même théier sera susceptible de donner
les familles suivantes:
Le thé blanc:
rare, ce thé n'a subi aucune opération après la cueillette. Il est cueilli et
séché tout de suite. C'est donc un thé non fermenté, très subtil, qui
donnera une infusion de couleur cristalline. Il est réputé pour faire baisser la fièvre et diminuer le feu dû aux éruptions
cutanées. C'est un thé très rafraîchissant, idéal pour les chauds mois
d'été.
Le thé jaune:
rare également, il a subi une fermentation spécifique légère, à l'étouffée. Les
feuilles et l'infusion sont de couleur jaune.
Le thé vert: désormais
très connu en occident, c'est le thé le plus bu en Asie, en Chine mais
également au Japon, où il est considéré comme un produit frais, riche en
vitamines C (mais où la technique de fabrication, beaucoup plus industrielle,
diffère). Les meilleures cueillettes se font au printemps. En Chine, les
feuilles sont ensuite séchées à sec puis portées à une température de
100°C pendant un court instant afin de détruire certains enzymes néfastes au
goût et rendre impossible une fermentation ultérieure. Les feuilles sont
ensuite refroidies et séchées. Comme il n'y a pas de classification
rigoureuse, on peut les distiguer fonction de leur feuille: gunpowder (feuilles
roulées en boules de 3mm), natural leaf (feuilles naturelles, entières) ou
torsadé par exemple. Mais cette classification n'est pas satisfaisante car
chaque jardin possède ses spécificités propres. Et il existe plusieurs
centaines de thés verts! L'infusion est de couleur jaune ou verte, avec
d'innombrables nuances.
Le thé
bleu-vert: Appelés wu long ou oolong ("dragon noir") à
Taiwan, ces thés sont parmi les plus recherchés chez les amateurs. Ce sont en
effet les seuls, du fait de leur complexité, à exiger une préparation
en gong fu cha (voir plus loin). Seule cette préparation permettra de faire
ressortir le parfum et les goûts subtils de ces thés, et de constater leur
évolution au fil des infusions. Leur nom vient de la couleur des feuilles,
généralement entières. Ils sont semi-fermentés et la fermentation varie
entre 12 et 65%. Il y a trois récoltes par année en Chine et jusqu'à sept à
Taiwan. Il en existe plusieurs milliers de variétés!
Le thé rouge:
Appelé "thé noir" en occident en référence à la couleur de la
feuille et "thé rouge" en Chine en référence à la couleur
d'infusion, c'est un thé fermenté à 100% et, de fait, beaucoup travaillé. Ce
type de thé est surtout consommé en Occident et la production chinoise
essentiellement exportée. C'est dans cette catégorie que l'on retrouve le plus
de thé de mauvaise qualité, du fait du procédé de fabrication industriel
utilisé pour les sachets, la méthode Crushing-Tearing-Curling (CTC) c'est à
dire Broyer-Déchirer-Rouler. Heureusement, c'est encore la méthode
traditionnelle, respectueuse des thés, qui est utilisée pour les thés de
qualité. Elle se déroule en six étapes: le flétrissage (faire perdre de
l'eau aux feuilles pour pouvoir les rouler sans les briser), le roulage (briser
les cellules des feuilles pour libérer les huiles essentielles), le criblage
(trier les feuilles en fonction de leur taille), la fermentation, la dessication
(pour stopper la fermentation) et le tamisage (pour trier à nouveau les
feuilles et éliminer les déchets). Démarré avec cinq kilos de feuilles, il
ne restera qu'un kilo de thé noir à la fin du processus. Il existe de
nombreux grades pour ce thé, mais essentiellement pour la production indienne.
La Chine ne produit dans cette catégorie que des thés à feuilles entières,
sans précisions de grade. Une fois encore, c'est une question de jardins, de
noms et d'experts! C'est le bouquet global qui sera apprécié ici, la rondeur
en bouche.
Le thé noir:
C'est une spécificité chinoise. Il s'agit d'un thé post-fermenté: il a subi
une fermentation étalée dans le temps. Le Pu Er (voir plus bas) est le plus
représentatif de cette catégorie. Pour ce type de thé, on parle davantage
d'impressions et de sensations que de goûts ou de parfums. En effet, ce thé
est réputé posséder de nombreuses vertus, parmi lesquelles celui de brûler les graisses.
Comme il s'agit d'un vieux thé, il est en général onéreux et victime de la
contrefaçon: certains thés sont vieillis artificiellement en usine et vendus
l'année de leur récolte comme de vieux thés! Acheteurs,
attention!
Le thé aux
fleurs: Ce n'est pas une famille de thés proprement dite puisque tous
les types de thés peuvent en théorie s'allier aux fleurs. Nous ne parlerons
pas ici des mélanges faits par l'importateur avec des essences ou des huiles
essentielles naturelles (comme pour la plupart des thés indiens) mais des
mélanges faits par les producteurs avec des fleurs fraîchement cueillies.
Traditionnellement en Chine, seules quelques fleurs sont utilisées: le jasmin,
bien sûr, mais aussi le chrysanthème, le lotus, l'osmanthe ou encore la rose.
Les fleurs
sont rajoutées avant que le séchages des feuilles ne soit complet, lorsque le
thé est encore chaud. C'est lors de cette phase que les feuilles
s'imprègnent en effet le mieux des parfums environnants. Pour un thé
rouge à la rose, il faudra par exemple 25kg de fleurs pour 100kg de feuilles de
thé. On retirera ensuite les fleurs, à l'exception peut-être de quelques
pétales pour la décoration. On l'aura bien compris: certains mélanges sont
plus appropriés que d'autres et la qualité du thé reste primordiale. Il est
par exemple navrant que la plupart des thés verts au jasmin servis dans les restaurants
soient de piètre qualité et manquent cruellement de
subtilité...
Il existe trois modes traditionnels
"justes" de préparation du thé chinois :
Le zhong en porcelaine pour les thés blancs, jaunes, vert ou aux fleurs: Cette petite tasse en porcelaine
(qui doit être de grande qualité et blanche afin de pouvoir observer les
feuilles) est très pratique et est utilisée pour les thés délicats qui nécessitent une température peu élevée de l’eau.
Le procédé de préparation est simple:
1. Mettez 2gr de thé au fond du
zhong
2. Versez 1/4 d'eau froide afin de ne pas brûler les feuilles. Rajoutez votre eau chaude et videz immédiatement votre zhong. Tous les thés
chinois doivent en effet être rincés au préalable. Les thés
fragiles requièrent une eau à 70°C et c'est la technique la plus simple pour
atteindre cette température, sans devoir attendre que la température
redescende après l'ébullition.
3. Sentez votre thé, dans le zhong et sur le couvercle, où les senteurs se
seront fixées.
4. Versez à nouveau de l'eau sur les feuilles (eau froide puis eau chaude) et laissez infuser
votre thé entre 2 et 4 minutes. Sentez à nouveau le couvercle à plusieurs
reprises (les parfums évoluent!) puis aidez-vous de
celui-ci pour filtrer les feuilles tandis que vous buvez en petites gorgées. Vous pouvez également
utiliser le couvercle pour remuer les feuilles dans le zhong ou faire refroidir
l'eau trop chaude.
5. Répétez ensuite l'opération afin de noter les
évolutions . Au moins 3
fois, avec un temps d'infusion un peu plus court à chaque fois et jusqu'à une demi-douzaine de
fois, toujours avec le même thé. Tant que l'infusion vous procure des sensations en tout
cas...
La petite théière dite de « Yixing » pour les thés semi-fermentés bleus-verts,
les dragons noirs « wulong »: le gong fu cha ou temps du thé!
Cette théière miniature (pour maintenir la température élevée de l’infusion), avec ses formes multiples, fait le bonheur de nombreux collectionneurs. Mais c’est la qualité de la terre,
le grès plus précisément, qui fit, bien auparavant, la réputation de la localité de Yixing en
Chine (province du Jiangsu, proche de Shanghai). Aujourd’hui, cette fameuse terre à thé est épuisée et les vieilles théières, rares, se négocient à plusieurs milliers de francs. Actuellement, la plupart des théières
Yixing sont donc plus intéressantes sur la forme que sur le fond (faire ressortir la splendeur des thés,
conserver une température élevée et favoriser un culottage de qualité). Les théières que nous utilisons sont différentes: fabriquées pour Maître Tseng avec de la bonne terre à thés, elles permettent aux amateurs de préserver la tradition millénaire du gong fu cha sans se ruiner. La
technique est sensiblement plus compliquées que précédemment et requiert
davantage d'accessoires. Nous sommes loin toutefois de la cérémonie japonaise,
où tout est codifié et où une vie est à peine suffisante pour en comprendre
toutes les subtilités. La préparation "juste" chinoise est
entièrement axée sur le produit, loin d'un folklore pourtant à la mode. Que
ce soit la main droite ou la main gauche qui tienne par exemple la bouilloire,
cela n'a aucune espèce d'importance!
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Les instruments indispensables sont les suivants:
- une petite théière Yixing (Yixing Hu) de 10cl en bonne terre à thés.
- une tasse à sentir (Wen Xiang Bei)
- une tasse à déguster (Cha Bei)
- un bateau (Cha Chuan) pour faire chauffer la
théière et les tasses
- un pot également en terre cuite (Cha Hai) pour
accueillir l'infusion et éviter que les feuilles ne massèrent trop dans la
théière
- éventuellement des ustensiles pour verser le thé dans la théière (Cha Ze), pour manipuler les
tasses chaudes (petites pinces) et pour retirer les feuilles de la théière et
les admirer (Cha Chi).
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Le gong fu cha se déroule comme suit:
1. Pré chauffage: versez de l'eau chaude dans la théière,
disposée dans le bateau. Videz la théière dans le pot.
2. Rinçage des feuilles: mettez 6gr de thé dans la théière,
remplissez la théière d'eau jusqu'à débordement pour chasser l'écume et videz immédiatement dans le
pot ou le bateau.
3. Videz le pot dans le bateau. Disposez-y les tasses pour les réchauffer et
replacez les sur leur support en bois. Vous êtes maintenant prêt pour
l'infusion proprement dite.
4. Versez l'eau qui vient de bouillir. La température souhaitée est 95°C
et cette température sera atteinte rapidement, avec les manipulations. Si
l'eau ne bout pas, la température sera trop basse. La question de
l'oxygénation ne se pose pas: l'eau se ré oxygènera de toute façon lorsqu'elle
sera versée dans
la théière. Remplissez la théière jusqu'à débordement afin de chasser l'écume.
Recouvrez et versez encore de l'eau chaude sur la théière fermée, toujours
pour la chauffer.
5. Laisser le thé infuser une dizaine de secondes (quelque fois moins,
selon les thés). Un truc est d'observer le bec de la théière: lorsque la
goutte disparaît, l'infusion est à point! Le gong fu cha joue sur la concentration des thés (votre théière doit être pleine de feuilles)
et des temps d'infusions extrêmement courts.
6. Videz la théière dans le pot, en la renversant dessus de manière à ce que
l'infusion s'écoule complètement. Les feuilles de thés ne doivent plus être
en contact avec l'eau de manière à éviter une amertume désagréable. D'où
l'intérêt des petites quantité d'infusion.
7. Videz le pot dans la tasse à sentir. Sentez. Videz la
tasse à sentir dans la tasse à déguster et sentez à nouveau la tasse à
sentir maintenant vide. C'est
l'un des grands moments du gong fu cha, celui qui révèle la richesse des
thés wulongs. Notre système olfactif s'habituant à une odeur au bout de
3-4 secondes, laissez lui le temps de la transition...
8. Vous pouvez à présent déguster enfin votre
thé, en l'aspirant en trois petites gorgées. N'hésitez pas à faire un peu de
bruit en aspirant également de l'air.
9. Recommencez une nouvelle infusion et voyez
comment les goûts et les parfums évoluent! Les chinois considèrent
généralement les infusions suivantes comme étant les plus intéressantes.
Certains jettent même la première infusion. Assurez vous à chaque fois que la
théière reste chaude, ce qui supposera de vider de temps à autre l'eau du
bateau.
10. Une fois arrivé à la dernière infusion (à
vous de juger quand le thé est épuisé; l'infusion est en général possible
au moins une demi douzaine de fois), retirez les feuilles de la théière. Vous pouvez les
admirer mais aussi les faire sécher et les utiliser comme désodorisant dans de
petits sachets en tissus ou comme purificateur en les faisant brûler. L'odeur
est à nouveau très agréable...
Un mot encore sur la théière Yixing et sur le
culottage. C'est en effet ce dernier qui ferra véritablement la valeur
d'une théière. Une théière neuve se doit d'être culottée avant d'être
utilisée. Pour cela, mettez 10gr de thé dans la théière, versez de l'eau
chaude et laissez infuser 4 heures. Renouvelez l'opération 4 fois. Puis
recommencez avec encore 10gr de thé et 4 infusions successives. Voici pour la
théorie. En pratique, vous pouvez évidemment si vous le désirez déguster les
premières infusions avant de commencer le culottage. Cela prendra simplement un
peu plus de temps. Dans l'absolu, une théière ne devrait ensuite être
utilisée que pour un seul thé. Un moindre mal est toutefois de l'utiliser pour
une même catégorie de thé, les wulongs en l'occurrence. Il est exclu par
contre de l'utiliser pour d'autres catégories de thé, non seulement pour
préserver les thés (les thés fragiles cuiraient à l'étouffée) mais aussi
pour préserver le culottage de la théière.
La grosse théière pour les thés rouges/noirs, chinois ou indiens: Ce
sera par exemple la théière classique en porcelaine, la théière de tous les jours, simple et pure puisque la porcelaine ne dénature pas le thé. Dans le doute,
et à défaut d'une théière en terre cuite de qualité (qu'il conviendra alors
de culotter), c’est le meilleur choix! Une contenance de 40-50cl est
l'idéal pour 3-4 gr de thé. Si votre théière est plus grosse, veuillez ne
pas mettre trop d'eau, afin d'éviter que les feuilles n'infusent plus que
nécessaire. Rincez également le thé et re-infusez les feuilles au moins
3 fois (en attendant un peu plus à chaque fois)
Il convient par contre de fuir
les théières en fonte ou en métal qui dénaturent le thé. Cela a certes peu d'importance
lorsqu'il s'agit d'un thé en sachet ou aromatisé. Mais c'est une hérésie
lorsque le thé est de qualité... Il est intéressant de noter que ces
théières sont à la mode en ce moment et en vente dans presque toutes les
boutiques de thés...
De même, il est essentiel de veiller à la qualité de
l'eau. Rien ne sert de préparer un grand thé si l'eau est souillée,
pleine de chlore ou de nitrates. Une eau de source au goût le plus neutre possible ou,
mieux encore, un système de filtre permettront de préserver les thés. Inutile je pense de préciser
que ces thés se dégustent nature, sans rajout d'aucune sorte. La dégustation
(notamment des wulongs) sera aussi meilleure espacée avec les repas de quelques
heures: avant pour ne pas perturber les sens, après pour conserver les saveurs
en bouche.
NB: toutes les indication ci-dessus sont
évidemment des généralités. En pratique, il conviendra de rester flexible.
Chaque thé de chaque saison est unique et les variables telles que la grammage,
la température de l'eau ou le temps d'infusion seront à modifier en
conséquence. Si vous n'avez pas un expert sous la main, fiez-vous simplement à
vos sens. Dans une dégustation, le plaisir reste l'ultime juge!
Les thés et la santé:
Selon la légende, il y a plus de 4000 ans, l'empereur herboriste Shennong s'empoisonnait lui-même afin de tester les différents effets des plantes et utilisait le thé comme contre poison. De fait, le thé fût longtemps considéré comme un médicament, son caractère désaltérant n'étant qu'anecdotiquement relevé en queue de liste. Parmi les bienfaits du thé: l'élimination de l'alcool et autres substances nocives dont les graisses, l'augmentation de la résistance du corps, la prévention des caries dentaires, l'activation de la circulation du sang et l'oxygénation des organes, la purification de la peau et la dissipation de la fatigue et de la dépression. Bref, le thé est considéré depuis des siècles comme une boisson qui procure un bien-être général!
Récemment, ces propriétés ont été validées par le corps scientifique et l'on connaît mieux les différentes composantes et principes actifs du thé: de la caféine (également appelée théine), des tanins (ou plus exactement des polyphénols), des huiles essentielles, des vitamines (A, A1, B2, B12, C et P), 27 oligo-éléments (dont le fluor, le fer, le magnésium, le calcium, le zinc, etc) et quelques 300 substances aromatiques. Les scientifiques ont également découvert que le thé est une source très importante d’antioxydants, notamment de flavonoïdes, parmi les plus puissants pour combattre les radicaux libres responsables du vieillissement des cellules. Le thé comme source d'éternité?
Arrêtons nous un instant sur la fameuse caféine qui, depuis quelques années, semble jeter le trouble sur le thé. «Comment le thé peut il être bon pour la santé puisqu'il contient de la caféine? » nous demande-t-on parfois. Rappelons tout d'abord que cet alcaloïde possède de nombreuses propriétés bénéfiques pour la santé: c'est un excitant du système nerveux qui stimule l’écorce cérébrale, favorise la circulation sanguine et tonifie le coeur. La caféine diminue donc la sensation de fatigue, facilite le travail intellectuel, renforce la vigilance, améliore la concentration et combat la somnolence. Evidemment, tout est question de dosage: « Tout est poison, rien n'est poison» disait Paracelse. De nos jours, entre les mauvais cafés à base de robusta (les bons cafés à base d'arabica contiennent bien moins de caféine) et les sodas au cola, notre consommation quotidienne de caféine est sans contexte trop élevée.
Et le thé alors? Et bien l'action de la caféine dans le thé diffère de la caféine du café du fait de la présence des polyphénols, appelés communément mais à tord tanins (il n'y a pas d'acide tanique dans le thé). Tanins et caféines se combinent pour former un complexe qui ralentit l'absorption de la caféine
dans l'organisme: il faut 6 à 8 heures pour que l'organisme absorbe la caféine du thé contre 2 à 3 heures pour la caféine du café. La caféine du thé agira ainsi de manière plus douce et progressive: si le café excite, le thé stimule sans énerver! Il n'y aura pas non plus avec le thé de phénomène de brusque inversion où le sentiment de fatigue resurgit dès que l'action de la caféine est dissipée. De plus, le tanin est un stimulateur de la digestion qui aide à l'élimination des graisses et des alcools.
Les teneurs en caféine et en tanin (ainsi qu'en huiles essentielles et autres substances bénéfiques) varient en fonction des feuilles. Plus les feuilles sont jeunes (et donc situées en extrémité de tige) et plus elles en contiennent: 3,5% de caféine et jusqu'à 12% de tanins pour les premières et secondes feuilles contre respectivement 1,5% et moins de 5% pour les cinquièmes feuilles. Une exception: il y davantage de fluor dans le vieilles feuilles mais l'infusion n'a alors que peu d'intérêt. Pour un excellent ratio dégustation/santé, les thés de qualités sont à privilégier!
Les analyses diffèrent quant au temps d'infusion nécessaire pour libérer toute la caféine des feuilles. 3 minutes? 6 minutes ? Cela dépend de toute évidence du type de thé et de sa qualité. Ce que l'on sait de manière irréfutable est que la caféine est libérée plus rapidement que les tanins. Les personnes particulièrement sensibles à la caféine pourront donc trouver profit à jeter le premier bain. Comme nous l'avons vu plus haut, les feuilles de qualité peuvent de toute manière être infusées à maintes reprises...
Existe-t-il des thés plus vertueux que d'autres? Evidemment! Les personnes soucieuses de leur santé remplaceront tout d'abord, cela va de soi, les thés industriels et les poussières de thés en sachet par des thés de qualité constitués de jeunes feuilles. Elles préfèreront également un négociant sérieux qui contrôlera les récoltes et le stockage des feuilles: il est logique qu'un vieux thé vert aura moins de vertus qu'un thé fraîchement récolté (à noter qu'au Japon, le thé vert est considéré comme une denrée fraîche et conservé au réfrigérateur).
Ensuite, cela se complique un peu. Certes, certains thés ont des vertus spécifiques historiquement établies, comme le thé noir Pu'Er vis à vis des graisses et du rééquilibrage énergétique ou le thé blanc, réputé pour faire baisser la fièvre et diminuer le feu dû aux éruptions cutanées. Dernièrement, les scientifiques se sont surtout penchés sur le thé vert et il semblerait en effet que cette catégorie possède toutes les vertus décrites plus haut. Les thés non fermentés ou peu fermentés (thés blanc, jaune ou vert) seraient ainsi à privilégier. Est-ce à dire pour autant que les autres catégories sont moins bonnes pour la santé ? Certainement pas: après avoir affirmé que le processus de fermentation du thé détruisait par exemple la vitamine C, les scientifiques sont aujourd'hui en train de revoir leurs copies... La fermentation induirait également davantage de tanins... Les thés wulongs (bleu-vert) seraient ainsi d'excellents compromis...
Dans l'état actuel des connaissances, mieux vaut donc ne pas trop généraliser: pour ne pas faire d'erreur, chaque thé devrait être analysé individuellement à chaque récolte! En conclusion, nous dirons donc que 1/ Le thé de qualité est d'une manière globale excellent pour la santé 2/ Une consommation normale de thé (7 à 8 tasses par jour avec à chaque fois de nouvelles feuilles donc beaucoup plus sans doute avec des feuilles de qualité réinfusées plusieurs fois ) n’est associée à aucun risque particulier. 3/ Le thé doit rester avant tout un plaisir. 4/ Il convient, c'est bien connu, de varier ses plaisirs... et donc les types de thés!
Le sens de l'ouïe
Le guide du bien-être à Genève, Suisse