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Le goût est un sens relativement pauvre. Nos
3000 papilles gustatives
ne nous permettent de goûter en effet que
4 saveurs
(sucrée, salée, acide et amère) et ce que l'on appelle habituellement le goût
relève en fait essentiellement de l'odorat. Essayez donc de manger avec le nez
bouché! C’est toutefois le goût que nous invoquons lorsque nous parlons de
nourriture.
Goûter,
c’est à la fois sentir la saveur d’un plat ou d’une boisson, apprécier quelque
chose ou expérimenter pour la première fois un aliment. Le goût suppose une
qualité et une diversité.
Extraits de
l'Autre Choix
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Avons-nous
perdu le goût du goût ?
C’est un grand paradoxe : le monde entier est disponible dans notre
assiette et nous bénéficions du plus grand choix de produits de
consommation de toute l’histoire de l’humanité. Pour la première
fois, nous connaissons également davantage de problèmes d’obésité
que de faim. Avec autant de choix et de pouvoir d’achat, notre
civilisation pourrait être
le paradis du goût.
Pourquoi alors cette sensation qu’il n’en est rien ? Peut-être parce
que 90% de notre alimentation se résume en réalité à une trentaine
d’espèces végétales et 7 ou 8 espèces animales (faites le compte
pour vous en rendre compte).
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La faute en revient au système et à sa logique du profit maximum. «
Actuellement, avec l’industrialisation, on fait de la cuisine
avec seulement les nutriments les plus rentables : le sucre, la
graisse, le sel, qui se conservent bien, ne valent rien sur le
marché mondial et sont d’accès facile. […] Ce qu’on mange contient
de moins en moins d’éléments protecteurs naturels […] d’où de
nombreuses pathologies » résume Christian Boudan, auteur de
Géopolitique du goût. Se fournir au moindre coût se traduit
évidemment par un moindre goût…
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Mais comment
faire ensuite avaler des
plats sans saveurs
à des consommateurs que l’on souhaite fidèles et dépensiers ? Deux
solutions : en amont, les arômes et les exhausteurs de goûts se
chargeront de donner un semblant de vie aux préparations ; en aval,
le marketing
et la publicité feront croire à un produit de qualité supérieure.
[...] L’univers de l’artifice et du superficiel permet de
sauver bien des apparences…
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Est récemment sorti sur le marché un livre coup de poing : «
Arômes dans notre assiette : la grande manipulation » de
l’allemand Hans-Ulrich Grimm. Qu’y apprenons-nous ? En gros,
que la majorité des produits industriels, du chocolat du petit
déjeuner au couscous du soir en passant par la soupe doivent leur
goût à
la compétence de chimistes.
Les arômes incorporés sont-ils au moins naturels ? Souvent oui (le
terme « arômes artificiels » fait encore chez nous mauvais genre sur
l’emballage) mais l’interprétation de « naturel » est parfois
alambiquée : comme toute la production mondiale de fraise ne
suffirait pas à aromatiser 5% des produits au goût de fraise des
seuls Etats-Unis d’Amérique et comme en plus le goût de fraise
supporte mal le temps, on utilise…
des copeaux de bois
d’Australie ! Le bois aussi est naturel, non ?
Et c’est ainsi que, bon an mal an,
l’Union européenne consomme chaque année
170 000 tonnes d’arômes industriels,
auxquelles il faut ajouter 95 000 tonnes de glutamate, le célèbre
exhausteur de goût qui ravit tant les papilles… Comme le souligne
Grimm, le problème est que notre sens du goût a aussi pour vocation
de nous prémunir contre les aliments non consommables, l’amertume
agissant, par exemple, comme un signal d’alerte. « Si on la
masque, l’organisme risque d’absorber des produits qui lui sont
préjudiciables » dénonce l’auteur.
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Tout ceci est
d’autant plus regrettable que notre civilisation pourrait
effectivement être le paradis du goût. C’est nous, consommateurs qui
avons en effet le choix et le portefeuille.
Imaginons un monde où
le consommateur prendrait le soin de déchiffrer les étiquettes, de
rejeter le chimique (c'est-à-dire généralement tout nom
incompréhensible), de se moquer des publicités, de respecter les
saisons et de prêter moins attention au prix qu’au rapport
qualité-prix. Le système ne serait-il pas obligé de s’adapter ?
Déjà, des prémisses
d’améliorations sont visibles et
des groupes industriels se diversifient avec des gammes de produits
plus naturels…
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En attendant une généralisation de la qualité, nous aurions tout
avantage à privilégier les
produits artisanaux, du terroir,
issus de l’agriculture raisonnée ou de qualité biologique. Les
labels Bio ne sont pas sans défauts (certains produits bio peuvent
par exemple incorporer aussi des arômes naturels) mais ils offrent
une sécurité de base
et la garantie d’un certain degré de
respect de la nature. Les produits Bio se multiplient, les points de
vente (magasins ou marchés) surgissent un peu partout et les prix
baissent : n’est-ce pas l’occasion de redécouvrir le goût du naturel
?
« Est-ce vous CONSommateurs, qui avez exigé des tomates à la
consistance du carton en décembre, des fraises à la chair de navet
dès les premiers jours de février, et en mars des pêches aussi
fermes qu’une boule d’escalier ? « ils » l’affirment, peut-être
n’ont-« ils » pas tout à fait tort, « ils » savent ce que vous êtes
par ailleurs capables d’acheter et d’ingurgiter comme saloperies.»
écrit Jean-Pierre Coffe dans son livre CONsommateurs,
révoltons-nous!
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Pourquoi ne pas aussi profiter de l’occasion
afin de
varier ses goûts ?
Si je cuisine, j’ai à ma dispositions des dizaines d’épices et
d’aromates différents. Si j’aime le thé, pourquoi me cantonner alors
à un seul thé ? Même chose avec le café, le chocolat, la confiture,
le whisky, le vin ou les cigares : quoi de plus triste que de rester
fidèle à un seul produit tout au long de sa vie ? La consommation,
ce n’est pas le mariage
et les habitudes n’interdisent pas les infidélités !
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Il est aussi très stimulant de se lever le matin en se demandant ce
que l’on va bien pouvoir goûter de nouveau au cours de la journée.
La prochaine fois que vous faites vos courses, pourquoi ne pas
sciemment choisir des marques inconnues et vous lancer ainsi dans
l’aventure et l’exotisme
culinaire ? Il y a fort à parier
que vous y découvrirez de nouveaux plaisirs... Enfin, si vous vous
trouvez devant un aliment inconnu, et même s’il s’agit comme pour
moi au Laos de cafard grillé, goûtez-le ! Ce sera peut-être mauvais
mais au moins vous aurez appris quelque chose…
Vous pouvez aussi stimuler vos
papilles en frottant le bout de
votre langue avec des aliments de
différentes saveurs : un morceau de chocolat, de fromage, un fruit
ou un légume… Fermez les yeux et concentrez-vous sur les sensations
ressenties. Un autre exercice serait de tester en aveugle les
différentes variantes d’un même produit : de trois à cinq chocolats,
thés, cafés, vins, salades, pommes ou eaux minérales par exemple.
Nous avons bel et bien le choix lorsque nous nous le laissons…
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