L'odorat: un sens... sensationnel!
par Michel Bourguignon

Dans notre civilisation occidentale, l’odorat est probablement le sens le plus négligé, souvent relégué au détriment d'autres sens plus sollicités par notre style de vie. Pourtant, il est sans doute le plus complexe et sophistiqué des 5 sens. A titre de comparaison:

La Vision est composée des 3 couleurs primaires et repose sur les différences d'intensité de la lumière.

Le Goût est un sens relativement pauvre. On ne goûte que 4 saveurs: le sucré, le salé, l'acide et l'amer. Ce que l'on nomme généralement le goût, relève en fait pour les 3/4 de l'odorat. D’ailleurs, quant on à les sinus bouchés, la nourriture nous parait bien insipide..

L'Audition permet de percevoir certaines fréquences et des timbres. Quel que soit le son, il ne contient que très peu d'informations et est ainsi l’un des éléments le plus facilement numérisable.

Le Touché: la peau a deux couches, son épaisseur variant de un à quatre mm selon les parties du corps. La peau est très élastique. C 'est par la peau que viennent les sensations: le chaud, le froid, la douceur, la douleur...

L'Odorat humain est capable quand à lui, grâce aux 50 millions de cellules qui composent notre système olfactif, de distinguer près de 5.000 senteurs différentes qui peuvent s'assembler en des combinaisons infinies.

Les odeurs ont été regroupées en sept catégories : menthe poivrée, florale, éthérée, musquée, résineuse (camphres), fétide et aigre. Néanmoins, il est pratiquement impossible de décrire à quelqu'un une odeur qu’il n’a jamais sentie. Il est beaucoup plus facile de la comparer avec l’émotion qu'elle inspire : dégoût, joie,… ou par les similitudes qu’on lui trouve avec une autre senteur ou encore avec un autre sens. On dira ainsi d’une fragrance qu’elle est  douce, conviviale, fruitée, boisée, ambrée, épicée, sensuelle, fraîche, sensuelle, musquée, purifiante, résineuse, fleurie, vanillée, sucrée, subtile,...

L'odorat est étroitement lié à l'émotion et à l’imaginaire. Une odeur s’adaptera à la puissance de nos souvenirs et deviendra ainsi très personnelle. Qui n’a pas le souvenir d’une odeur qu’il a connue et aimée enfant et sur laquelle il ne peut pas mettre de nom ? Qui ne se souvient pas des émanations des gâteaux de maman ? Qui n’a pas eu l’esprit transporté par des senteurs inconnues ? Ou alors ramené dans un lieu oublié par la seule perception d’une odeur ? Et pourquoi aimons-nous cette senteur là et pas cette autre ?

 

Les odeurs ont un pouvoir indéniable sur nous. Les effluves d’un plat délicieux provoquent ainsi automatiquement la sécrétion de nos papilles gustatives. De même, sur le plan sexuel, la notion d’odeur à toujours été déterminante dans le choix d’un(e) partenaire.

Le saviez-vous?
La capacité olfactive diminue avec l'âge
Les femmes sont plus sensibles aux odeurs en général
La perte de l'odorat se nomme anosmie

< Encens suspendus auTemple Mam Mo, Hong Kong

On ne peut pas parler de l’odorat sans évoquer l’encens et le parfum:

Toutes les nations Amérindiennes font brûler comme encens de la sauge, du cèdre, du foin d'odeur et du genévrier pour purifier l'ambiance dans un lieux, autour d'un objet, ou l'énergie d'une personne. Le copal du Mexique, cette résine qui développe un parfum délicieux, mariage de pin et de citron fait aussi partie des encens les plus utilisés par les tribus autochtones d’Amérique du Nord.

Depuis l’aube des temps, au Moyen Orient  les résines de myrrhe et d’encens sont utilisées durant les rituels ou pour l’utilisation au quotidien. Le terme "encens" désigne dans la Bible et les livres anciens l’oliban, un arbrisseau de  Somalie. Il est ensuite devenu le nom générique de toutes les senteurs qui se consument. Au IX° siècle av JC, la reine de Saba (ancien État de l’Arabie du Sud), parti à la rencontre du roi Salomon en emmenant avec elle une immense caravane d'hommes et de chameaux chargés de sacs remplis d'or et d'encens. Et c’est chargés d’or, d’encens et de myrrhe que les Rois Mages se présentent devant l’enfant Jésus…

Les Vikings utilisaient les Encens Runiques, mélanges de plantes, bois et gommes dédiés aux 24 lettres sacrées de l´antique alphabet nordique.

Très appréciés en Orient, l’utilisation des encens va de pair avec tous les rituels des cérémonies spirituelles de l'hindouisme, du bouddhisme ou du taoïsme. C’est le bois de santal qui est principalement utilisé, en forme de bâtonnets ou de morceaux qui se consument  sur des charbons ardents. L'offrande de l'encens est  un rituel vécu avec beaucoup d’intensité, le geste rappellant l'illusion,  la non-réalité de tous les phénomènes. Le brûle-parfums est l’emblème de l'unité sociale, le symbole le plus important des taoistes

En Chine, “Xiang” signifie à la fois parfum et encens. Cette préparation aromatique se brûle rituellement depuis plusieurs milliers d’années.  Le caractère était, dans sa forme la plus ancienne, le symbole de la capacité de s’exprimer et de communiquer, xiang signifiant littéralement en chinois ancien, "la sève qui favorise la communication". Il symbolisait aussi le parfum de la vertu, la bonne réputation, l’exemple. C’est l’un des qualificatifs les plus élogieux que l’on puisse employer... puisqu’il évoque l’odeur de sainteté. Que ce soit dans la littérature classique ou en poésie il permet tout simplement  d’encenser  le sujet... Confucius  en parlant  d’un gouvernement  idéal affirme, par exemple, "qu’il doit exhaler une senteur d’encens". Pour faire plaisir aux Esprits, donc aux trente six mille divinités du Bouddhisme chinois, il est bon de brûler de l’encens à la maison, tous les jours et au Temple, au moins une fois par mois.

Brûle-encens du Monastère Po Lin à Hong Kong >

Dès le VI siècle, le Japon importait d’Inde et du Sud Est Asiatique, des bois parfumés et dès le VII siècle, l’encens ainsi créé à base de poudre de bois, de musk (arôme d’origine animal) et de miel était utilisé pour parfumer habitations et vêtements. Depuis cette époque, il s’est développé des cérémonies d’encens digne des cérémonies du thé. La forme la plus ancienne de cette cérémonie est le jutchûkô. A l’heure actuelle, c’est le kôdô (la voie de l’encens), cérémonie au cours de laquelle les participants apprécient les fragrances exhalées par les bois parfumés que l'on brûle selon les règles traditionnelles. C’est un art qui demande une haute spiritualité et une grande culture.

L'Egypte ancienne était passée maître dans la façon de fabriquer et d’utiliser l’encens. L’un des plus célèbres mélanges de cette époque était le Kyphi, composé de genévrier thurifères en provenance d'Arabie ainsi que de résines, huiles et essences. C’est dans le plus grand secret et selon un rituel très précis qu’il se fabriquait. Plutarque aurait dit qu'il "avait le pouvoir de conduire vers le sommeil, d'éclairer les rêves, d'apaiser les tensions de l'anxiété quotidienne (déjà !), en amenant calme et quiétude à tous ceux qui le respire..."

Les Grecs aimaient plaire aux dieux et comme les dieux aimaient les encens, ils ne se privaient pas d’en faire brûler! Plus propre à la contemplation et  à la méditation après des fumigations, ils utilisaient aussi certains mélanges d’encens comme aphrodisiaque pour les jeux érotiques.

L'Eglise chrétienne fût d’abord opposée à l’utilisation des encens. Ce n’est qu’au IVe siècle, en souvenir peut-être des Rois Mages ou de ce passage de l'Apocalypse qui révèle que "la fumée des parfums montera de la main de l'Ange vers Dieu" que les chrétiens changent d’avis. Petit à petit, le rituel de l'encens fut introduit dans les cérémonies. L'oliban, la myrrhe et le benjoin devinrent les ingrédients les plus employés par les catholiques et les orthodoxes. Depuis la Réforme, les protestants ont toutefois rejetés cette pratique.

De nos jours, l'encens est largement répandu au Yémen.  Comme au Sénégal,  les femmes parfument leurs corps avec l'encens. Dans toutes l’Afrique de l’ouest, c’est le “Tchourai” (mélange de graines, résines, fleurs et huiles essentielles) qui règne en maître

De tous temps et sur tous les continents, les encens ont donc eu un rôle primordial dans les rituels de tous les mouvements spirituels, religieux, ésotériques (la magie notamment) ou traditionnels. L’encens symbolise l’aspiration de l'Âme à s'élever vers les niveaux supérieurs de la conscience et la fumée fait le lien entre le monde terrestre et l'au-delà...

Au travers de son caractère de purification et d’embaumement de l’atmosphère,  l’encens agit sur  le subconscient  et les corps subtils de l'être humain, soit en les harmonisant, soit en exaltant ou en calmant l'un d'eux. Il y a des essences qui invitent à la prière, d'autres qui calment notre mental bavard et apportent la paix… Ils sont ainsi l’un des composants d’un bien-être facilement accessible.

< fabrique d'encens au Vietnam

Quelques mots pour terminer sur l’origine des parfum:

Les Grecs puis les Romains développèrent l'utilisation païenne des parfums, tant pour l'hygiène du corps et le plaisir des sens, avec les huiles et onguents parfumés, que pour les vertus médicinales de certaines substances aromatiques (la fameuse aromathérapie). Plusieurs d'entre elles seront utilisées jusqu'à très récemment contre les miasmes et les épidémies.

Parfums d'Orient, épices et senteurs des Indes…Pays producteurs et voies de passage vers l'Asie, l'Inde et les pays arabes ont contribué au déploiement des matières premières et des parfums à travers l'Occident. Les Arabes intensifièrent les cultures de fleurs à parfum, notamment de la rose. Ils auront contribué à faire du parfum un art et une science.

La renaissance italienne propage ses nouvelles habitudes du luxe parfumé. La profession de parfumeur s'organise sous l'impulsion de quelques gouvernements. La formule de l'eau de Cologne passe les frontières, la ville de Grasse en France devient le centre de production mondiale du parfum, la parfumerie moderne est en train de naître.

C'est Paul Poiret qui ouvre le bal des parfums de couturier au début du XX° siècle en proposant à ses clientes Les Parfums de Rosine, l'élégance jusqu'au bout du nez. Aujourd'hui, la plupart des créateurs de mode ont leurs parfums.

Alors, via les encens, les parfums, la gastronomie ou simplement au naturel, au contact de la nature, redécouvrons et apprenons à développer notre sensationnel sens de l’odorat!

Michel Bourguignon
Co-gérant du magasin Pacaloha

 

 

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